LMNO présente une exposition de l’artiste espagnol Pep Vidal sur les structures invisibles
Du 22 avril au 27 juin, la galerie bruxelloise LMNO présente Everything that sustains us, la cinquième exposition personnelle de l’artiste espagnol Pep Vidal, dont la pratique interroge les structures invisibles qui soutiennent et organisent notre rapport au monde.
L’exposition propose une réflexion approfondie sur les conditions — matérielles, symboliques et épistémologiques — qui rendent notre monde habitable. Délaissant les formes visibles et les événements spectaculaires, Pep Vidal porte son attention sur ce qui demeure le plus souvent imperceptible : l’air, l’eau, les sédiments, mais aussi les systèmes de croyances, les savoirs scientifiques et les relations fragiles qui les relient.
Au cœur de l’exposition se dessine une chaîne de dépendances entre êtres, éléments et systèmes — visibles ou non — qui soutiennent silencieusement notre existence. Les éléments naturels y coexistent avec les systèmes humains d’interprétation et de contrôle : peinture, science, mesure, classification, économie ou croyance. Plutôt que de les opposer, l’artiste les envisage comme des structures parallèles de confiance à travers lesquelles la réalité est observée, expliquée et stabilisée.
Dans cette perspective, l’exposition ne distingue pas nature et culture, ni savoir objectif et croyance, mais révèle comment ces cadres participent conjointement à maintenir le monde — de manière temporaire, précaire et toujours sous tension.
Composée de différentes pièces, l’exposition se déploie comme un paysage, à la fois abstrait et spatialement construit. La galerie devient un parcours vertical en trois niveaux, chacun correspondant à un état du territoire — atmosphérique, terrestre et souterrain — et proposant une manière spécifique de comprendre comment le monde se soutient.
La déambulation du visiteur ne suit pas un récit linéaire, mais s’apparente à une descente et une remontée à travers des strates de matière, de sens et de temps. Ce parcours met en lumière la manière dont la valeur, la croyance et la matière se distribuent de façon inégale au sein d’un même monde.
Cette exposition est une invitation rare à observer comment la science, l'économie et la foi fonctionnent comme des structures parallèles de confiance nous permettant, temporairement, de tenir le monde ensemble.
L'exposition par étage
- Le niveau 0 (Horizon & Relation)
Ce niveau devient une zone de contact explorant les interdépendances entre les systèmes terrestres et fluviaux : l’air et le sol, les rivières et leurs affluents, le dessus et le dessous. L’horizon apparaît comme une ligne qui sépare et relie simultanément, rendant visible la structure relationnelle du territoire.
Le territoire est ici compris comme quelque chose qui ne peut être ni isolé ni possédé, mais seulement décrit à travers ses connexions, ses superpositions et ses hiérarchies internes.
Dans cette salle, on retrouve une série de peintures intervenues. Après les avoir collectées dans des marchés de seconde main, Vidal transforme ces peintures en calculant la couleur moyenne de tout ce qui se trouve au-dessus de l’horizon, puis en repeignant cette zone avec cette couleur. Il applique le même principe à la partie inférieure, laissant une fine bande où la peinture originale reste visible, précisément à l’endroit de l’horizon.
Dans cette même salle, comme si c’était le sol, se trouve la pièce Rivers inside Rivers, où l’on découvre quatre urnes emboîtées les unes dans les autres, chacune contenant de l’eau d’un fleuve. Celle qui les contient toutes correspond à un grand fleuve d’Espagne ; celle à l’intérieur contient l’eau de son affluent ; la suivante, celle de l’affluent de cet affluent ; et la plus petite contient l’eau d’un très petit cours d’eau. Une chaîne de dépendances entre les fleuves, où chacun contient le suivant et dépend du précédent.
- Le niveau inférieur (Sous-sol & Croyance)
Ce niveau devient un espace de profondeur où la matière accumulée et les traditions culturelles se rejoignent pour stabiliser notre réalité.
L’analyse scientifique et la tradition culturelle apparaissent côte à côte, non pas comme des récits concurrents, mais comme différentes manières d’établir une confiance envers ce qui ne peut être perçu directement. Ce niveau met en évidence l’idée que la science comme la croyance fonctionnent à travers des systèmes de validation, d’interprétation et de confiance accordée aux traces matérielles.
Une nouvelle fois, Pep Vidal, dont le travail fusionne rigueur scientifique et sensibilité artistique, crée des œuvres à la croisée de la science et de la poésie. Cette fois, sont présentées des séries emblématiques telles que
Horizons: des peintures trouvées et recomposées par couleur moyenne, transformant le paysage en une mesure physique.Golden Bubble: une réflexion saisissante sur la valeur future de l'air face à l'or. Cézanne’s Water: une analyse scientifique d'eau de mer puisée à 1011 mètres de profondeur, faisant écho à l'altitude de la montagne Sainte-Victoire.
- Le niveau supérieur (Air & Atmosphère)
Ce niveau devient un espace dédié à l'immatériel. Le territoire n'y est plus défini par des limites fixes ou des formes stables, mais par des conditions en constante transformation : altitude, visibilité, circulation.
Les montagnes, les nuages et les phénomènes atmosphériques ne sont pas abordés comme des images ou des symboles, mais comme des processus physiques qui affectent la perception, la valeur et le mouvement.
L’air apparaît comme une substance qui soutient la vie tout en échappant à la possession, au contrôle et à la permanence. Il est invisible, partagé, et de plus en plus fragile. À ce niveau, l’exposition aborde les implications politiques et économiques des conditions atmosphériques sans les énoncer explicitement, laissant ces tensions émerger à travers les relations matérielles et spatiales.
La montagne Sainte-Victoire de Cézanne est par exemple réinterprétée comme un processus atmosphérique plutôt que comme une masse solide.
Infos pratiques
Everything that sustains us
Pep Vidal
Vernissage : dimanche 19 avril entre 11h00 et 18h00.
Exposition du 22 avril au 27 juin 2026
Preview et rencontre avec Pep Vidal : samedi 18 avril à 16h00.
Merci de confirmer votre présence à micha@clubparadis.be
LMNO 544, Avenue Louise - 1000 Brussels
Horaires : mercredi - samedi 11:00-18:00 et sur rendez-vous
À propos de Pep Vidal
Né en 1980, Pep Vidal vit et travaille à Barcelone. Mathématicien et doctorant en physique, il considère que le monde de la science et celui de l’art ne sont pas si différents. Dans les deux cas, l'approbation et le soutien des pairs font la différence entre un travail personnel avec du potentiel et un chef-d'œuvre, une découverte, considérés comme une véritable rupture. Mais bien sûr, c'est l'art qui permet l'expression la plus sincère de nos sentiments. C'est pourquoi les travaux minutieux de Pep Vidal sont bien plus que des représentations stériles de schémas mathématiques. Son étude est à la fois une recherche scientifique qui dépasse l'examen des laboratoires les plus exigeants et une investigation artistique qui capte des phénomènes volatils et insaisissables au moyen de l'encre et du papier.
Dans les œuvres de Vidal, les changements infinitésimaux qui se produisent constamment autour de nous se manifestent clairement. On ne voit pas le sable couler imperceptiblement sur le flanc d'une dune jusqu'à ce qu'elle cède et entraîne le reste avec elle. On se rend compte que le livre planant sur l'étagère perdait peu à peu son équilibre, pendant longtemps, seulement lorsque le bruit sourd de sa chute nous surprend. Nous concevons le pôle nord magnétique comme un point de référence immuable, alors qu'il se déplace vers le nord-ouest à une vitesse moyenne de 41km par an. Dans ses dessins, de minuscules traits nets convergent sur la feuille et révèlent les mouvements microscopiques auxquels la matière est soumise. Les ondes électromagnétiques, les mouvements de particules, les structures fractales et les forces qui régulent les systèmes dont nous faisons inconsciemment partie prennent forme et acquièrent un sens. Son projet le plus récent a conduit Vidal à relever le défi technique et intellectuel inédit de suivre la naissance, la vie et la mort d'un nuage. C'est en utilisant la photogrammétrie que son déplacement, et l'évolution de sa forme ont pu être mesurés donnant ainsi une reconstruction 3D du nuage, des illustrations et témoignages de l'expérience d'une simplicité et d'une douceur désarmantes
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